Philip Morris ne vaut rien comme contribuable.

Et l’affaire de la fausse promesse des 700 emplois montre qu’elle ne vaut rien non plus comme employeur.

26 octobre 2004 : Alain Hubler, membre du Conseil communal de Lausanne, membre du Parti « POP & Gauche en mouvement », a tenté de faire cette intervention, mais la majorité (qui est de droite) du Conseil communal a quitté la salle en signe de protestation.  J’ai repris ici son intervention sans la modifier depuis le site de son parti, où elle n’y est plus. L’enjeu était de vendre à bas prix à Philip Morris une parcelle de terrain à l’avenue de Rhodanie pour qu’elle puisse y construire son giratoire pour l’accès à son parking géant.

Le préavis, donc la vente, a été accepté. Alain Hubler s’est réveillé bien tard, juste pour cette question de giratoire. Pourquoi n’a-t-il pas présenté les 7 points ci-dessous au moment où il était question d’accorder à Philip Morris le droit de s’agrandir, de construire, etc. ?

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Intervention « à propos de Philip Morris International (PMI) » par Alain Hubler

 

En préambule, il me semble nécessaire de déclarer mes intérêts : je suis un gros consommateur de l’un des produits phare de la multinationale Philip Morris International, je le regrette souvent et à juste titre ! Mais cela n’est pas de nature à m’aveugler, bien au contraire ! Par ailleurs, comme d’autres présidents de parti et de groupe de ce conseil, j’ai reçu de la part de Philip Morris, au moment de Noël, une jolie boîte de chocolat. Je ne sais pas ce que reçoivent les municipaux, mais j’imagine … au moins 2 boîtes !

Si je viens de déclarer mes intérêts, bien modestes, c’est surtout parce que j’aurais souhaité que Philip Morris en fasse autant, ou que, à défaut, la Municipalité s’en charge à sa place ! Hélas, trois fois hélas, il n’en a rien été.

Je vais donc m’en charger moi-même.

Certains diront que le préavis du jour porte sur un problème d’aménagement du territoire. Ils auront raison. A un détail près : quand on aménage le territoire, il est bon de savoir pour QUI on l’aménage !
Dans le cas particulier, il me semble indispensable de dire pour quelle entreprise le Conseil va modifier les règles du jeu de la construction au bord de l’avenue Rhodanie.

Ce besoin m’est venu à la lecture de la très respectable « Economie lausannoise », la revue de la Société industrielle et commerciale de Lausanne, qui dit, dans un article consacré à Philip Morris : je cite : « La raison pour laquelle le quartier général de la firme s’est distancé des Etats-Unis n’est un secret pour personne. La lutte anti-tabac s’y est développée comme nulle part ailleurs. ». Fin de citation.
L’agence de
presse chinoise Xinhua m’en a appris un peu plus. En juillet 2000 elle rapportait : « Philip Morris, grand fabriquant de cigarettes américain impliqué dans un grand procès, a été sommé lundi de payer 6 milliards de dollars de caution pour faire appel d'une condamnation. (…) Philip Morris a été accusé d'avoir trompé les fumeurs en leur faisant croire que les cigarettes "légères" étaient moins nuisibles que les marques régulières, ce qui l'a conduit à un verdict de paiement de 10,1 milliards de dollars de dommages et intérêts. »

Mais qui est donc Philip Morris International et que fait-elle ?

1)  Philip Morris fait partie du groupe Altria (80 milliard de $ de CA), gigantesque holding active dans le tabac et l’agroalimentaire avec des marques de café (Maxwell House, Grand'Mère, Carte Noire), de confiserie (marques Côte d'Or, Hollywood Chewing Gum, Suchard, Milka, etc) et de boissons non alcoolisées, aides culinaires, céréales, etc … et bien sûr active dans la finance !

2)  Implantée à Lausanne, en Suisse, Philip Morris gère les activités tabac du groupe Altria dans le monde entier, à l'exception des Etats-Unis. Du point de vue de ses performance économique, on trouve sur son site : « Notre entreprise a connu une croissance extraordinaire entre 1970 et 2003. Le volume de cigarettes produit est passé de 87 milliards à 736 milliards. Cette croissance en volume a été accompagnée d'une croissance en revenus tout aussi impressionnante: au cours de la même période, les produits d'exploitation sont passés de 425 millions de dollars à plus de 33 milliards. En 2003, notre bénéfice d'exploitation a atteint 6,3 milliards de dollars, soit plus de 100 fois plus qu'en 1970. » Tout cela pour une modeste contribution fiscale de 40, 2 mio au niveau Suisse et de 4 mio pour Lausanne. Soit, respectivement environ 0,13 pourcent et 0,013 pourcent. Les salariés et les PME apprécieront !

3)  Philip Morris, c’est aussi la filiale d’un groupe employeur modèle, jugez plutôt : depuis 1998 les bénéfices ont progressé de 41,1 milliards d’euros alors que les effectifs ont été réduits de 19'950 personnes dans le même temps,

4)  Philip Morris c’est aussi l’exploitation des enfants. Ainsi, dans un article du sérieux Monde diplomatique de juillet 2002, signé Ignace Ramonet, on peut lire « Les entreprises multinationales ne sont pas les dernières à profiter de cette exploitation des mineurs. Entre autres, celles du tabac (Philip Morris, Altadis), […]. Au Malawi, par exemple, dont l’industrie du tabac est le premier employeur, des dizaines de milliers d’enfants sont exploités pour la récolte et le séchage des feuilles de tabac. »

5)  Philip Morris c’est aussi l’exploitation de la forêt : le tout aussi sérieux Centre de recherches pour le développement international, organisme de l’Etat canadien écrit sur son site Internet. « La déforestation est liée à la production du tabac. Dans les pays en développement, le bois est souvent utilisé comme combustible dans le traitement des feuilles de tabac. On estime que 200 000 hectares (ou 2 000 kilomètres carrés) de forêts et de zones boisées sont abattus chaque année pour les besoins de la culture du tabac »

6)  Philip Morris c’est encore la corruption d’un scientifique suisse qui avait soi-disant démontré que le tabagisme passif est peu dangereux : citons le jugement : «Genève a bien été la plate-forme d'une fraude scientifique sans précédent, dans la mesure où Ragnar Rylander a agi en sa qualité de professeur associé à l'Université, profitant de son rayonnement et n'hésitant pas à mettre la science au service de l'argent.»

7)  Enfin cerise sur le gâteau, l’Union européenne a signé cette année un pacte avec le diable Philip Morris. L’austère Financial Times rapportait cette éventualité réalisée en ces termes « Si le tabac tue, l’argent rend fou. S’il y a une chose qui rend plus accroc encore que la nicotine, c’est bien l’argent. Un danger manifeste, comme semble le prouver le fait que l’Union européenne envisage d’abandonner toute action en justice contre Philip Morris International en échange de 1 milliard de dollars payable sur douze ans. L’UE et dix Etats membres avaient accusé Philip Morris International et d’autres cigarettiers de s’être rendus coupables de complicité de contrebande en sur-exportant intentionnellement dans les pays voisins de l’Union. Mais, conformément au projet d’accord dévoilé le 5 avril dernier à Bruxelles, tous les litiges entre l’Union et Philip Morris se sont évanouis. Du conflit, on passe à la coopération : les « partenaires » uniront désormais leurs efforts pour lutter contre la contrebande et la contrefaçon. » Bref, Philip Morris a beau injecter, selon eux, directement et indirectement 500 millions, dans l’économie de la région, ce n’est peut-être pas le cartel de la cocaïne de Medelin, mais ce n’est en tout cas pas une entreprise qui s’inscrit dans le cadre du développement durable si cher à nos autorités.

Ces précisions étant apportées, parlons du préavis et de ses enjeux :

a)  Nous le refusons et Philip Morris continue de disposer, grâce aux autorisations de la situation actuelle, de 2 parkings : l’un de 500 places avec une limitation de 1100 mouvements par jour, l’autre de 200 places sans limitation de mouvements. Les risques sont une augmentation mal maîtrisée de la circulation sur les avenues de Cour et de Rhodanie.

b)  Nous acceptons le préavis et Philip Morris dispose alors d’un parking unique (les 2 premiers reliés de façon souterraine) de 700 places avec une limitation à 1550 mouvements par jour, en échange de quoi Philip Morris s’engage à financer 75% des coûts d’un futur giratoire à Rhodanie. L’avantage est une relative maîtrise de la circulation sur les avenues de Cour et de Rhodanie.

Le groupe POP & Gauche en mouvement unanime estime donc que l’acceptation de ce préavis est la solution la moins pire. Mais compte tenu de la nature des activités de l’entreprise qui bénéficiera de cet aménagement du territoire, il s’abstiendra au vote final.

 

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