L’accommodation n’est pas nouvelle

 

Dans un documentaire-fiction, les personnages portent des noms fictifs (inventés), mais ils jouent des scènes réelles. Un seul personnage joue tantôt tel personnage historique, tantôt tel autre. Dans « Holocauste » (4 épisodes), le personnage de Dorf sera au début celui qui proposera la « nuit de cristal » (1938), nuit au cour de laquelle la population excitée par la propagande nazie incendia les magasins et les synagogues (temples juifs), et où l’armée fit semblant de vouloir faire respecter l’ordre et le Droit. Il jouera ensuite le rôle du nazi qui proposa l’usage massif du zyklon B pour tuer les Juifs dans les chambres à gaz.

Au début du 1er épisode (1935), Dorf a des amis juifs dont son médecin de famille, le Dr Weiss. Jeune avocat, il est au chômage. Quoique n’ayant absolument rien contre les Juifs, il répond à une offre d’emploi du parti nazi, sans savoir tout ce que cela implique. À la fin du 1er épisode, il fermera sa porte à son ami Weiss.

Ci-dessous est reproduit l’entretien d’embauche entre Dorf et le général nazi Heidrych (personnage historique). Bien sûr avec les cigarettiers la forme de l’accommodation a changé : pas de croix gammée ni de drapeau ou autres oriflammes, pas de salut nazi, de défilé. Tout se fait plus « soft », plus caché, plus subtil, et les crimes sont exécutés loin, ailleurs. La motivation aussi s’est inversée : d’extrêmement grave avec le nazisme, elle est devenue extrêmement futile avec Philip Morris. Mais le résultat reste celui-là : l’ensemble de la classe politique vaudoise, y compris les scolaires, tolère que quelques uns des pires crimes commis au monde actuellement soient organisés depuis son territoire.

Dans cet entretien, le « Effectivement si d’autres approuvent… » de Dorf marque son accommodation.

Dans l’enseignement vaudois, Philip Morris a trouvé peu de « Dorf », davantage de gens qui regardent et  laissent faire. Forts utiles pour elle aussi. Mais elle a trouvé ses « Dorf » chez les politiciens et les « juges » dont l’un, Etienne Poltier, a écrit pour elle deux faux dans les titres. Généralité sur les faux dans les titres.

 

Glossaire

1) il n’y avait déjà plus qu’un seul parti autorisé, le parti nazi (national-socialiste). (2)Adolf Hitler. (3)Empire allemand. (4)Bras droit d’Hitler. (5)Partisan du « tout à l’État » sans entreprise privée. (6)Partisan du moins d’État possible, avec beaucoup d’entreprises privées. (7)Hitler a écrit un livre, Mein Kampf  (« mon combat »). (8)Selon vous, que demande Heidrych à  Dorf d’oublier de son école? Et maintenant, que devrait-on « oublier » de l’école pour être favorable à Philip Morris ?

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Les premières scènes : le fils du Dr Weiss se marie. Juifs et nazis fêtent ensemble. La propagande sur la haine contre les Juifs n’a pas encore d’effet.

Dorf et sa femme, malade, sont dans le cabinet du Dr Weiss.

 

 

     

Le frère de la mariée                                               Dans le cabinet du Dr Weiss

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Dorf est interrogé par le général nazi Heidrych, lors de l’entretien d’embauche.

- Vous vous appelez Dorf, jeune avocat, diplômé de l’école de Droit, bonne éducation… (Avec suspicion :) Pas affilié au parti(1) ! Pourquoi alors ce soudain intérêt ?

- Parce que je cherche du travail.

- Vous ne vous imaginez pas le nombre de larves, de limaces, de mendiants qui traînent par ici. (Avec ironie :) Débordant d’amour pour le Führer(2), le Reich(3), le parti… (Puis sincère :) C’est agréable de trouver un homme qui ne veut que travailler. (Un temps, puis :) Interdit de travail parce qu’un Juif ou un socialiste a pris la place.

- Je n’invoque aucune excuse.

- Pourquoi pas. Nous connaissons nos ennemis. Que savez-vous sur nous ?

- Vous êtes le bras droit de la justice, vous assurez la sécurité extérieure et intérieure de ce pays. J’avoue avoir quelques problèmes à distinguer les SS, les SA, la Gestapo…

- Nous aussi. Ce n’est pas grave, je les commande tous. Sous la bénédiction du Reichsführer Himmler(4), bien entendu. (Un temps, puis, avec gravité :) Quels sont vos sentiments envers les Juifs ?

- Ils sont neutres. (Il le dit avec un ton un peu apeuré ou troublé.)

- La franchise, j’aime ça…

- J’espère que vous ne me croyez pas stupide parce que je suis franc.

- Pas du tout. Cette pure bigoterie des vrais croyants est admirable. Mais quelques fois, il vaut mieux être neutre. Analytique. Froid. La conspiration juive, bolchevik(5), capitaliste(6) pour l’écrasement de l’Allemagne est une conspiration analytique et froide. Notre vie nationale est infiltrée. Les idéaux allemands, bafoués.

- Oh, je sais, j’ai lu le Führer(7)… (Il le dit avec une moue, donne l’impression qu’il n’y croit pas. Mais Heidrych semble ne pas le remarquer.)

- Alors vous connaissez l’importance qu’il accorde à notre politique raciale. En fait elle détermine notre programme. Nous arriverons à résoudre tous nos problèmes : économiques, militaires, gouvernementaux… tout simplement en attaquant les Juifs.

- Effectivement si d’autres approuvent…

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- Ce sera passionnant. Mais il vous faudra oublier certaines notions que vous avez apprises à l’école(8).

- J’ai l’esprit ouvert.

- Bien. J’ai un préjugé favorable pour les gens qui ont un esprit ouvert. Vous avez une recommandation de votre professeur, en plus.

- Malheureusement je n’ai pas le type militaire, je n’ai jamais tiré un coup de feu et je n’ai plus jamais porté l’uniforme depuis les boy-scouts…

 

- C’est la partie la plus facile de ce travail. N’importe quel idiot peut porter l’uniforme. 

(Heidrych se lève, Dorf aussi, Heidrych lui met la main sur l’épaule.) Je ferais un contrôle sur vous. Ce n’est qu’une routine, rassurez-vous : pureté de la race, affiliation politique…Vous savez, je prends des risques. Je suppose que vous n’auriez pas osé venir ici sans cette pureté…

- Non, mon général.

- Hitler a dit qu’il ne se sentirait en repos que quand il n’y aura plus d’avocat en Allemagne… Je plaisante !

 

 (Un temps, puis, amicalement, Heidrych reprend :)

- Bienvenue.

- Merci, mon général.

 

Dorf sort en faisant avec la main son premier « Heil Hitler » timide et très maladroit, et semble très troublé. Il ne le sera plus tellement dans les scènes suivantes. Notamment quand il essayera son nouvel uniforme en présence de son petit garçon. Faisant ainsi la fierté de sa famille.

 

Salut nazi encore bien timide et maladroit

 

Qu’il est beau, mon papa, dans son bel uniforme…

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